Université Jean Moulin Lyon 3 - Faculté de Droit

L’évolution de la stratégie aérienne polonaise à l’aune des conflits en Ukraine (2014-2024)

Alors que des missiles frôlent son territoire et que la guerre s’installe durablement à ses frontières orientales, la Pologne intensifie une transformation militaire engagée dès 2013. Héritière d’une histoire marquée par les partages, les annexions et l’occupation par les puissances voisines, Varsovie nourrit une défiance accrue à l’égard de la Russie. L’invasion russe de l’Ukraine a renforcé ses craintes. De cette guerre, elle a tiré des enseignements doctrinaux : l’impasse aérienne entre Moscou et Kiev l’a contrainte à repenser en profondeur sa composante aérienne. Cette note analyse l’adéquation entre les ambitions affichées de Varsovie et les moyens effectivement déployés, révélant, derrière des investissements records et une modernisation accélérée, des fragilités structurelles susceptibles de compromettre les capacités de défense d’un pays désormais au cœur de la sécurité européenne.

Par Léa Xailly

L’illusion d’une prolifération nucléaire « amicale » en Europe

Depuis 2024, un frémissement semble parcourir plusieurs capitales du continent européen. En Pologne, dans les pays nordiques, et jusque dans certains cercles allemands, l’idée d’un renforcement autonome du pilier nucléaire européen progresse. On ne parle plus seulement ici de consultations renforcées mais bien de l’hypothèse d’arsenaux nationaux, que leurs promoteurs présentent comme éventuellement compatibles avec le Nuclear Planning Group de l’OTAN. Le problème est que ces différents projets, qui prennent la forme (avouée ou latente) d’un chantage à la prolifération censé répondre au spectre de l’abandon stratégique, et qu’ils soient académiquement spontanés ou politiquement téléguidés, n’ont probablement aucune chance d’aboutir, pour la bonne raison que l’idée même d’une prolifération nucléaire européenne « amicale » (c’est-à-dire acceptée en bonne intelligence par les États-Unis) manque autant de consistance qu’elle est dépourvue de crédibilité

Par Olivier Zajec

De la destruction du Kosmos 1408 à la livraison des systèmes Starlink. Typologie des acteurs spatiaux en marge de la résurgence conflictuelle en Ukraine

Le 15 novembre 2021, la Fédération de Russie procède à un essai de son missile Nudol sur son satellite Kosmos 1408. Plusieurs mois après cet événement, le 24 février 2022, les manœuvres d’invasion de l’Ukraine par la Russie altèrent profondément le cadre des activités spatiales en rompant des partenariats liés dès la guerre froide, notamment entre les États-Unis et la Russie. Cette stratégie ouvre de fait la porte à de nouveaux acteurs désireux d’investir ce milieu stratégique clé. Alors que le conflit s’installe dans la durée, émergent les profondes mutations qui prennent place dans le domaine spatial, parachevant la prise de responsabilité des acteurs privés, tout en consacrant le rôle central des États dans la conduite des affaires internationales.

Par Brian Kalafatian

Les systèmes de commandement, contrôle et communications nucléaires (NC3) et la réduction des risques stratégiques. Quels enjeux pour la France ?

De la Guerre froide jusqu’à nos jours, les systèmes de commandement, contrôle et communications nucléaires (NC3) ont souvent fait l’objet d’analyses portant sur leur vulnérabilité à une attaque adverse et les risques d’escalade nucléaire qui en découleraient. La tendance à l’imbrication des capacités conventionnelles et nucléaires, la mise au point de technologies émergentes, et les stratégies de désinformation renouvellent d’anciens enjeux stratégiques au regard de l’architecture NC3.

Par Douglas Rocha

The Urban Littoral: A Framework to Understand Command and Control in Complex and Unpredictable Environments

The trends of rapid population growth, urbanization, littoralization, and hyper-connectivity from a communications and information point of view portend a new age of warfare centered around the urban-littoral operating environment. With this understanding, the study of this environment, and more specifically the conduct of war within it, seems increasingly important for military theorists, practitioners, and leaders. The complexity of this truly joint and all-domain milieu, which is highly interconnected and underscored by a multitude of characteristics to include dense civil populations, complex man-made terrain, communications and information hyper-connectivity, coastal geography and terrain, rapidly changing weather, various meteorological phenomena, and the effects of hydrography and oceanography, presents many challenges with respect to the execution of command and control (C2). This study seeks consequently to determine the ideal conception of C2 in the urban littoral, which should serve as a framework for understanding this function of warfare across the spectrum of complex and unpredictable multi-domain environments.

Par Andrew Catoire

La modernisation des armes nucléaires tactiques américaines B61 en Europe. Enjeux et perspectives pour les États européens

Depuis la fin des années 1950, les États-Unis et l’OTAN mettent en œuvre une politique de « partage nucléaire », caractérisée à partir de 1968 par le stationnement de bombes B61 sur le sol européen, lesquelles sont censées crédibiliser la posture de dissuasion élargie garantie par Washington. Financée sous l’administration Obama, la version B61-12 de ces bombes « tactiques », ou « non stratégiques » selon la terminologie américaine, a commencé à être déployée au sein des bases de l’Alliance en octobre 2022. Dans ce contexte d’une dialectique nucléaire évolutive influencée par la guerre russo-ukrainienne, les questions de défense et d’autonomie stratégique des États européens sont devenues une priorité. Cette analyse étudie les perspectives ouvertes par la modernisation du système B61 en Europe, l’impact des solutions techniques envisagées, et certaines de leurs possibles conséquences politiques.

Par Mathéo Schwartz

Le retour du débat nucléaire allemand : question stratégique néo-conservatrice ou tentative d’éducation des esprits ?

Dans leur contribution commune, Tristan Volpe et Ulrich Kühn reviennent sur un débat qualifié de « fantôme » en Allemagne : le nucléaire allemand. La montée des tensions sur le continent européen depuis les effets de la politique mercurielle de Donald Trump envers l’Europe, et le début du conflit russo-ukrainien ont poussé une partie de l’élite allemande à se questionner de nouveau sur le sujet. Les auteurs démontrent cependant que ce débat relève davantage d’une tentative d’éducation des esprits sur les défis d’un nucléaire allemand que d’une réorientation stratégique.

Par Louise Malliet

Des garanties négatives de sécurité à la constitution d’une ZEAN : le Moyen-Orient face à la prolifération nucléaire

Le colauréat du Prix Lucien Poirier 2023 est Louis Khatchadourian en raison de sa recension critique de l’article The Security of Nuclear Weapon-Free Zones : The Middle East as a Test Case for Unconditional Security Assurances, publié dans la revue Journal for Peace and Nuclear Disarmament. 

De la volonté d’une pacification du Moyen-Orient émane la question du nucléaire qui suppose une réflexion sur la non-prolifération. Dans cet article, Tarja Cronberg met en lumière la nécessité des garanties négatives de sécurité et d’une zone exempte d’armes nucléaires. Cette analyse se double d’une critique à l’égard de l’immobilisme des puissances dotées et prône de fonder la sécurité moyen-orientale sous l’égide du droit international.

Par Louis Khatchadourian

« Rompre le front » : le retour des leçons des deux guerres mondiales dans la guerre en Ukraine »

« Verdun », « guerre de tranchées », les qualificatifs faisant référence aux deux conflits mondiaux pour illustrer la situation en Ukraine ne manquent pas. Au-delà de la simple métaphore une telle évocation emporte des réalités opérationnelles particulières, dont la pertinence -réelle- n’est pas moins sujette à caution.

Par Thibault Fouillet

Relève stratégique – Usages stratégiques des politiques spatiales au Moyen-Orient de 1960 à 2021

L’Espace n’est pas le monopole des grandes puissances : une véritable course à l’Espace est à l’œuvre au Moyen-Orient depuis deux décennies. Elle tient d’une forme de diplomatie des satellites, guidée par la recherche de nouveaux débouchés économiques. Les programmes spatiaux servent également les stratégies étatiques, de la pérennisation des régimes politiques à l’affirmation de la puissance au niveau régional.

Par Julien Dreveton