Offshore Balancing et Onshore Access, la place de l’accès littoral dans la culture thalassocratique américaine
Résumé
Dans la culture stratégique américaine, le balancement entre d’une part la domination du grand large et d’autre part la présence sur les rivages lointains constitue depuis ses origines le socle dual de la réflexion navale. L’ambivalence présente au cœur même de l’œuvre de Mahan, stratégiste maritime et naval le plus célèbre de l’histoire américaine en porte, entre autres, un témoignage significatif. Pour les États-Unis, l’Offshore balancing, objectif politique global dérivant de ce constat, reste donc inséparable d’un Onshore access sur les rivages de tous les continents. Mais la montée en puissance des stratégies de déni d’accès débouche sur le défi d’accès : opérer sur les littoraux de l’Île mondiale n’est plus une simple question logistique et diplomatique, mais bien une problématique opérative et stratégique de plus en plus incertaine.
A propos de l'auteur
Olivier Zajec est Professeur des universités en science politique à l’université Jean Moulin – Lyon III, où il a fondé et dirige depuis 2018 l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD) ainsi que le Master Relations internationales – Sécurité internationale et défense (SID). Auteur de nombreux articles scientifiques, ses thématiques de recherche portent sur la théorie réaliste des relations internationales, les approches socio-spatiales en science politique, et les études stratégiques et de défense. Il est entre autres l’auteur des Limites de la guerre. L'approche réaliste des conflits armés au XXIe siècle (Mare et Martin, 2024).
Le balancement entre d’une part la domination du grand large et d’autre part la présence sur les rivages lointains constitue depuis ses origines le socle dual de la réflexion navale américaine.
Pensée stratégique
L’évolution de la stratégie aérienne polonaise à l’aune des conflits en Ukraine (2014-2024)
Alors que des missiles frôlent son territoire et que la guerre s’installe durablement à ses frontières orientales, la Pologne intensifie une transformation militaire engagée dès 2013. Héritière d’une histoire marquée par les partages, les annexions et l’occupation par les puissances voisines, Varsovie nourrit une défiance accrue à l’égard de la Russie. L’invasion russe de l’Ukraine a renforcé ses craintes. De cette guerre, elle a tiré des enseignements doctrinaux : l’impasse aérienne entre Moscou et Kiev l’a contrainte à repenser en profondeur sa composante aérienne. Cette note analyse l’adéquation entre les ambitions affichées de Varsovie et les moyens effectivement déployés, révélant, derrière des investissements records et une modernisation accélérée, des fragilités structurelles susceptibles de compromettre les capacités de défense d’un pays désormais au cœur de la sécurité européenne.
L’illusion d’une prolifération nucléaire « amicale » en Europe
Depuis 2024, un frémissement semble parcourir plusieurs capitales du continent européen. En Pologne, dans les pays nordiques, et jusque dans certains cercles allemands, l’idée d’un renforcement autonome du pilier nucléaire européen progresse. On ne parle plus seulement ici de consultations renforcées mais bien de l’hypothèse d’arsenaux nationaux, que leurs promoteurs présentent comme éventuellement compatibles avec le Nuclear Planning Group de l’OTAN. Le problème est que ces différents projets, qui prennent la forme (avouée ou latente) d’un chantage à la prolifération censé répondre au spectre de l’abandon stratégique, et qu’ils soient académiquement spontanés ou politiquement téléguidés, n’ont probablement aucune chance d’aboutir, pour la bonne raison que l’idée même d’une prolifération nucléaire européenne « amicale » (c’est-à-dire acceptée en bonne intelligence par les États-Unis) manque autant de consistance qu’elle est dépourvue de crédibilité
« Rompre le front » : le retour des leçons des deux guerres mondiales dans la guerre en Ukraine »
« Verdun », « guerre de tranchées », les qualificatifs faisant référence aux deux conflits mondiaux pour illustrer la situation en Ukraine ne manquent pas. Au-delà de la simple métaphore une telle évocation emporte des réalités opérationnelles particulières, dont la pertinence -réelle- n’est pas moins sujette à caution.
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The Urban Littoral: A Framework to Understand Command and Control in Complex and Unpredictable Environments
The trends of rapid population growth, urbanization, littoralization, and hyper-connectivity from a communications and information point of view portend a new age of warfare centered around the urban-littoral operating environment. With this understanding, the study of this environment, and more specifically the conduct of war within it, seems increasingly important for military theorists, practitioners, and leaders. The complexity of this truly joint and all-domain milieu, which is highly interconnected and underscored by a multitude of characteristics to include dense civil populations, complex man-made terrain, communications and information hyper-connectivity, coastal geography and terrain, rapidly changing weather, various meteorological phenomena, and the effects of hydrography and oceanography, presents many challenges with respect to the execution of command and control (C2). This study seeks consequently to determine the ideal conception of C2 in the urban littoral, which should serve as a framework for understanding this function of warfare across the spectrum of complex and unpredictable multi-domain environments.
La guerre au XXIe siècle, le retour de la bataille
L’ouvrage collectif « La guerre au XXIe siècle, le retour de la bataille », dirigé par Thibault Fouillet, directeur scientifique de l’IESD, est disponible en librairie.
Le livre revient sur la distinction entre tactique et stratégie, les dynamiques tactiques du conflit ukrainien et plus largement les évolutions de la tactique, en évoquant le rôle des nouvelles technologies et l’investissement de nouveaux milieux. À ce sujet, vous pourrez notamment y lire :
– Un premier chapitre intitulé « De la victoire tactique au succès stratégique, Ruptures et continuité d’une relation paradoxale » par notre directeur, le Professeur Olivier Zajec, directeur de l’IESD ;
– Le chapitre « Opérations armées et relations internationales, Le retour de l’équilibre des puissances », par Antony Dabila, chercheur associé ;
– Et enfin, un chapitre écrit par Amaury Dufay, responsable du pôle espace à l’IESD, consacré à la tactique spatiale.