Yannick Pincé - La construction politique du consensus nucléaire français

PP Pincé
Résumé

La recherche stratégique et l’historiographie mettent en avant l’idée d’un consensus national français sur la politique étrangère et de sécurité à partir du ralliement de la gauche à la force de frappe à la fin des années 1970. Cette note de recherche interroge ce paradigme du consensus en analysant le processus d’acceptation de l’arme nucléaire par les forces politiques qui y étaient opposées. Elle fait le constat qu’il n’y a, en réalité, jamais eu d’opposition de principe de la part des dirigeants de la gauche française à l’arme nucléaire en elle-même mais qu’accepter la force de frappe ne fait pas un consensus puisque des divergences demeurent au niveau de l’opinion publique et entre les forces politiques françaises notamment en ce qui concerne la doctrine stratégique. L’adhésion à la dissuasion nucléaire se fait donc plus tard que les ralliements des années 1970. L’échec du mouvement pacifiste français contre la double décision en raison d’une attitude ambiguë du PCF et l’échec de la droite à contrer François Mitterrand sur les questions de sécurité, permettent à ce dernier de se poser en garant de la doctrine stratégique dite gaulliste et homme du consensus au moment de sa réélection en 1988.
 

Abstract


Most scholarship admit there has been a consensus about foreign and security policy in France since the late 1970s when the left-wing parties accepted the atomic bomb. This research note intends to question the consensus paradigm by analysing the nuclear weapon acceptation process in the political forces that were opposed to it. It states there never was any opposition against the nuclear weapon itself among the French left parties’ leaders. But, accepting the atomic bomb did not build any consensus because important differences remained in the public opinion and between the political parties in the field of the strategic doctrine. It is long than the 1970s that we can observe a real acceptance of nuclear deterrence. Indeed, the first Mitterrand term knew a fail of the French peace movement against the NATO double track decision because of the ambiguities of the communist party. The right-wing also failed to counter President François Mitterrand on the security issues. The failure of the right and the communist growing opposition created a situation in which the socialist president appeared as keeper of the consensus on the strategic doctrine named as Gaullist. In 1988, as a man of consensus he won his re-election.

A propose de l'auteur

Yannick Pincé est professeur agrégé d’histoire-géographie en CPGE au lycée Jean-François Millet de Cherbourg-en-Cotentin. Doctorant en histoire contemporaine à l’université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (ICEE – ED 625) sous la direction du Pr. Frédéric Bozo, il rédige une thèse de doctorat sur le débat stratégique français dans les années 1980.